CCB - Collège Coopératif en Bretagne : formation continue, recherche-action coopérative
 
NOVA ' : Observation des ressources mobilisées par des professionnels de l’insertion des publics loin de l’emploi

Objectifs : réaliser une typologie des caractéristiques des professionnels contraints aux changements dans leurs exercices, identifier les compétences requises et les pratiques adaptées aux besoins des publics, définir les conditions nécessaires à la validation de ces transformations.

L'étude NOVA’ (Nouvelles Observation pour la valorisation des Acteurs) : Observation des ressources mobilisées par des professionnels de l’insertion des publics loin de l’emploi a été conduite par Danielle DUJARDIN (Collège Coopératif en Bretagne) et Elisabeth DONNET-DESCARTES (CREAI de Bretagne). Le rapport final de l'étude NOVA'98 et ses annexes techniques sont disponibles en téléchargement au format PDF.

Etude financée par le Fond Social Européen (FSE)

Synthèse :

Objet

Dans le cadre du contrat de plan, une recherche-développement est conduite par le Collège Coopératif en Bretagne (C.C.B.) en partenariat avec le Centre Régional d’Etudes et d’Actions sur les Inadaptations et les handicaps (C.R.E.A.I.).

Ce programme, intitulé Nova’, porte sur l’observation des ressources mobilisées par des professionnels de l’insertion des publics loin de l’emploi.


Commanditaires et financeurs

L’étude est impulsée grâce au financement de :

  • L’Etat, Direction Régionale du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle.
  • La Région Bretagne, Direction de la formation professionnelle continue et de l’apprentissage.

Son élargissement et sa diffusion sont financés par le Fonds Social Européen dans le cadre d’un programme d’Initiative Communautaire.

Contexte

Dans la relation entre deux publics constitués, l’un de personnes éloignées de l’emploi, l’autre d’intervenants dans la lutte contre l’exclusion, on assiste à une transformation des exercices des professionnels en vue d’une adaptation aux attentes sociales et à la commande publique.

Objectifs
Pour répondre aux questions que suscite une réflexion sur les modes d’intervention de ces professionnels, le projet nova’ s’appuie sur l’exploration des différentes figures professionnelles émergeantes en :

Ce programme vise à :

  • reconnaître les limites actuelles des exercices professionnels,
  • déterminer les ressources pertinentes,
  • valoriser les pratiques efficaces.


Méthodologie

La problématique se pose en ces termes :

  • un nouveau champ de pratiques professionnelles se crée à partir des grandes orientations de politiques publiques et des évolutions des phénomènes sociaux qui appellent à une révision des formes traditionnelles d’intervention,

  • une demande d’accompagnement à l’évolution des exercices professionnels émerge,

  • elle est soutenue par des responsables de politiques publiques.
    Le soutien attendu par les professionnels est dicté par la même aspiration : mettre en lumière l’écart existant entre " un capital ressource amont ", constitué en formation initiale et par l’expérience, et " un capital ressource utile " lié à la fonction actuelle dans le cadre de la mission d’insertion.


    La méthode de recherche-développement retenue s’attache à rendre visibles, et lisibles, des savoirs d’expérience qui se construisent sur le terrain. Elle s’articule en deux phases :
  • une première s’est déroulée sous forme d’une enquête par questionnaire auprès d’un panel de professionnels inscrits dans des missions nouvelles et ayant suivi des formations au C.C.B. ou participé à des recherches -actions avec le C.R.E.A.I.
    Les données recueillies ont été traitées avec le logiciel EPI-INFO. La base de données ainsi constituée reste mobilisable pour un approfondissement ultérieur.
    A l‘issue de la première phase, une analyse des informations a été réalisée en interaction avec le comité de pilotage. Tous les résultats sont produits à partir de tris à plat.

  • Ce qui a permis d’obtenir une photographie d’un groupe de professionnels déjà en réflexion sur l’évolution de leur exercice.

  • Une seconde phase s’est appuyée sur des entretiens de groupes de professionnels de l’ANPE, des missions locales et des centres de formation. Elle a permis de compléter la collecte des données.
    La méthode utilisée met les professionnels en situation d’analyse approfondie de questions strictement délimitées, et les contraint à produire des énoncés concis. Le traitement des données permet la synthèse de la totalité des énoncés.


Résultats

L’analyse des données de la première phase met en évidence :

Des profils caractérisés par la diversité

45 intitulés de diplômes différents ont été employés pour désigner une certification professionnelle.
La formation générale ou professionnelle correspond pour la plupart à un bac général/technique et/ou à un diplôme d’Etat.

Les trois quarts des répondants ont exercé des " professions intermédiaires " de la catégorie INSEE dans le secteur de la santé ou du travail social. Un quart des acteurs de l’insertion déclare n’avoir jamais exercé de professions de la santé ou du social.

La grande diversité des professions exercées fait apparaître que certains connaissent le milieu de l’entreprise par l’expérience.

L’expérience professionnelle est majoritairement supérieure à 5 ans.

La difficile lisibilité des positionnements professionnels

La dénomination de l’emploi, en référence aux fiches de salaire, se caractérise par une grande dispersion : 54 intitulés sont repérés.
Ils font référence au diplôme, à la fonction, au statut.

De plus, la moitié des intitulés de poste se révèlent différents des dénominations de l’emploi, ce qui ne permet pas d’établir des repères d’appartenance professionnelle.

Les professionnels enquêtés sont majoritairement employés dans le cadre d’une association.

L’ancienneté dans l’emploi est de 10 ans et plus pour les trois quarts des répondants.

Ces données n’ont pu être confrontées à des statistiques régionales ou nationales, la catégorie " professionnels de l’insertion " n’étant une catégorie pour aucun observatoire.

La complexité du cadre de l’intervention

Une soixantaine d’appellations différentes ont été repérées pour le service ou l’entreprise, dans lesquels les professionnels observés exercent leur activité d’insertion.
D’autre part, 36 dénominations ont été utilisées pour définir le cadre légal dans lequel s’inscrit l’intervention, même si plus de la moitié des répondants travaillent auprès des personnes handicapées.

C’est la diversité et la complexité qui caractérisent le financement des actions d’insertion.


Les compétences mobilisées pour conduire la mission d’insertion

Les compétences mobilisées pour l’exécution de la mission ont été repérées en termes de " savoirs ", " savoir-faire ", " savoir-être ".
Les " savoirs" repérés par les professionnels font référence par ordre de prépondérance au droit, aux sciences humaines, à la méthodologie, à la connaissance des dispositifs.

Concernant les " savoir-faire ", une catégorie émerge qui fait référence à la gestion des interactions humaines.

Les " savoir-être ", eux, sont de trois types : relationnel, qualités humaines personnelles et, plus rarement, méthodologique.

L’évolution des effets de formation entre ceux attendus et ceux constatés
Nous retiendrons un glissement qualitatif à long terme, entre les effets attendus, et ceux identifiés pendant, et à l’issue des actions de formation, et des recherches-actions.
Alors que les principaux effets attendus portent sur l’apport de connaissances et l’analyse des pratiques, les effets constatés concernent la distanciation, le travail partenarial, et la reconnaissance professionnelle.

Les effets concernant l’apport de connaissance et l’analyse de pratique perdent de leur visibilité, comme tels, à long terme.

L’analyse des données de la seconde phase permet : d’approfondir la description des ressources mobilisées par les professionnels ...

Les réponses à la question portant sur " le capital ressource disponible " représentent une moyenne de six ressources par professionnel que l’analyse propose de regrouper sous trois rubriques :

" savoirs constitués " : savoirs méthodologiques, savoirs relatifs aux dispositifs, savoirs concernant l’environnement et savoirs généraux ; les savoirs théoriques ou disciplinaires étant peu visibles comme tels.
" échanges et communication " : " savoir-faire communicationnels " s’appuyant pour moitié sur des relations interpersonnelles et des savoir-faire " partenariaux " ;
" expérience personnelle, extérieure au champ professionnel " : ressources qui renvoient à des positions éthiques, à des valeurs humaines personnelles, ou font référence à des " savoirs d’expériences " extérieurs à la formation professionnelle initiale ou continue.

... et de découvrir les " ressources complémentaires " nouvelles ou à construire.

La seconde question a permis d’explorer le " capital ressource utile " aux professionnels pour l’exercice de leur mission d’insertion. Une moyenne de sept ressources nouvelles ou complémentaires à la formation initiale a été énoncée par professionnel enquêté.
Les items repérés ont été rapprochés des catégories de départ : " savoirs ", " savoir-faire " et " savoir-être ".

Les éléments repérés dans chacune de ces rubriques se sont organisés de manière équilibrée sur trois thématiques :

Adaptation des savoirs et actualisation permanente des connaissances :
Savoirs méthodologiques permettant l’adaptation des réponses aux besoins des publics cibles et leur actualisation en terme de nouveauté.
Adaptation permanente de la connaissance des dispositifs, des lois, des mesures en mouvance permanente, et insuffisantes (absence de réponses ou de moyens pour résoudre certaines difficultés des publics).

Elargissement des connaissances à la gestion administrative, financière et au management d’équipe.

A la rencontre des autres " micro-cultures " :
Faire du lien entre professionnels en échangeant des pratiques, entre partenaires grâce à une coordination locale, dans les parcours des publics par un accompagnement, et avec les entreprises en consolidant les relations.
Rendre lisible le réseau en instaurant une meilleure connaissance des acteurs et des dispositifs.

Etre un interprète entre les différentes cultures professionnelles , entre celles des élus et des professionnels.

Ethique et déontologie :
Respect des limites des publics (non jugement, impartialité, expérimentation honnête, objectifs réalistes).
Respect des demandes des publics au-delà de ce qu’ils peuvent donner à voir dans l’urgence.

Respect de la légitime attente des publics à l’insertion, au-delà des propositions " à défaut " qui sont parfois les seules disponibles.

Respect de l’inquiétude des professionnels et de leur difficulté à " tenir " aux avant-postes de la prise en compte des transformations des équilibres sociaux.


Conclusions et préconisations

L’objectif de cette recherche-développement, était de repérer le capital de ressources utiles aux professionnels pour l’exercice de leur mission d’insertion des publics loin des apprentissages de base, de la qualification et de l’emploi.

Une première phase d’étude s’est appuyée sur une enquête par questionnaires auprès de professionnels ayant engagé une réflexion sur leur exercice professionnel.

  • La description structurée des figures professionnelles de 113 chargés d’insertion a souligné :
  • la grande diversité des trajectoires,
  • la large dispersion de dénominations des emplois,
  • le décalage entre ces dénominations et les intitulés de postes correspondants.

Ce flou dans les positionnements institutionnels est renforcé par une difficile lisibilité des dispositifs et une grande complexité du cadre de l’intervention, ne permettant pas d’établir de repères d’appartenance professionnelle.
Une seconde phase d’enquête par entretiens met en évidence :

  • que l’effet de l’instabilité permanente des points d’appui à l’exercice des professionnels de l’insertion est renforcé par une absence de repères déontologiques.
  • qu’une condition impérative à la capitalisation de ces " savoirs essentiels " passe par la stabilisation de ces dispositifs et de ces cadres légaux, ainsi que par leur mise en cohérence globale entre eux et avec les besoins des usagers inscrits dans des parcours d’insertion. Cette condition semble loin d’être atteinte.

En terme de préconisations, et en préalable à l’élaboration d’un référentiel de formation, deux axes seraient à travailler et des modalités seraient à mettre en place pour permettre d’associer les professionnels :

  • à une mise en cohérence et à la stabilisation des cadres légaux, réglementaires et des dispositifs.
  • à la formalisation d’un cadre déontologique centré sur une logique d’espace d’intervention, contrairement aux approches historiques centrées sur des logiques de corps professionnel.

De plus, la mise en perspective de l’analyse des ressources mobilisées et des ressources utiles à l’exercice de la mission permet d’orienter la réflexion concernant la formation des acteurs autour de trois objectifs principaux :

  • Inscrire les actions dans une démarche qualité
    Mieux adapter l’éventail des réponses possibles pour réduire les obstacles à l’intégration des publics en difficulté dans le groupe social.
    Permettre la remontée des observations des professionnels sur l’inadéquation des réponses disponibles, pour qu’elles puissent être prises en considération.

  • Réduire les écarts de logiques entre tous les acteurs

Construire les échanges dans une logique de l’interculturel :

- entre acteurs dans les dispositifs partenariaux

- entre les responsables de la mise en oeuvre des politiques publiques et les usagers.

Systématiser la considération pour l’ensemble des acteurs
En prenant en compte la nécessité pour les professionnels, aux avant-postes de la prise en charge de la tranformation des équilibre sociaux, de préserver un positionnement éthique, dans un contexte soumis à la pression de l’urgence et de l’économie de moyens.


TELECHARGEMENT DU RAPPORT

Vous pouvez consulter et enregistrer l'intégralité du rapport "NOVA" (52 pages) et les annexes techniques du rapport (77 pages) au format PDF en cliquant sur l'un des liens ci-dessous :

Le rapport NOVA au format PDF (284 Ko).
Les annexes au format PDF (218 ko)

 

 

 

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